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Pourquoi une affirmation répétée finit-elle par paraître vraie ?
Rencontrer plusieurs fois une affirmation peut augmenter sa crédibilité, qu’elle soit vraie ou fausse. Cet effet expérimental ne transforme pas toute répétition en persuasion: son ampleur dépend des connaissances mobilisées, du contexte et des corrections apportées. Chez l’enfant comme à l’école, les données existent mais restent partielles.

Une affirmation déjà rencontrée paraît, en moyenne, plus vraie qu’une affirmation nouvelle comparable. La répétition n’apporte pourtant aucune preuve supplémentaire. C’est ce décalage entre familiarité et valeur probante que les psychologues appellent l’effet de vérité illusoire. Il concerne les énoncés vrais comme les énoncés faux : il modifie leur vérité perçue, pas leur exactitude.12
Ce que l’on peut retenir
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- RapportéLa méta-analyse de 2026 estime l’effet corrigé à g = 0,37.7
Cette estimation provient d’une seule synthèse, dont les auteurs signalent une forte hétérogénéité.
- Contesté
Établi Démontré par des documents ou des données vérifiables.
Rapporté Affirmé par une source identifiée, sans confirmation indépendante.
Contesté Contredit par d'autres éléments documentés.
1977 : répéter sans ajouter de preuve
Les chercheurs Lynn Hasher, David Goldstein et Thomas Toppino décrivent l’expérience fondatrice dans la revue scientifique Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, en 1977. Selon leur article, l’analyse porte sur 40 étudiants, après l’exclusion de dix personnes absentes à au moins une séance. Les participants évaluent 60 affirmations par séance, lors de trois séances espacées de deux semaines. L’article publié ne mentionne pas de financement particulier.1
Selon Hasher, Goldstein et Toppino, vingt affirmations reviennent aux trois séances ; les autres sont nouvelles. Les énoncés sont plausibles, mais choisis pour que les étudiants aient peu de chances d’en connaître précisément la véracité. Les jugements de validité augmentent pour les affirmations répétées, vraies comme fausses, contrairement aux nouvelles.1
Les chercheurs Aumyo Hassan et Sarah J. Barber retrouvent cette augmentation dans deux expériences publiées en 2021 dans la revue scientifique Cognitive Research: Principles and Implications. Leur étude examine surtout la fréquence : jusqu’à 9 présentations dans une expérience et 27 dans l’autre, avant un jugement une semaine plus tard. Selon leurs résultats, les présentations supplémentaires continuent d’augmenter la vérité perçue, avec des gains de plus en plus faibles.510
À une autre échelle, les auteurs de la revue systématique publiée en 2026 dans la revue scientifique Nature Communications rassemblent 182 études, 366 tailles d’effet et 31 184 participants. Selon cette méta-analyse, après correction des effets liés aux petites études, l’effet moyen est faible : g = 0,37, avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,30 à 0,44. Ce chiffre est une différence standardisée entre conditions, pas un pourcentage de personnes convaincues.7
Les estimations dépendent aussi de ce qui est comparé. Les auteurs de cette méta-analyse rapportent une estimation historique de d = 0,39 lorsqu’on compare le même énoncé entre exposition et test, contre d = 0,53 lorsqu’on compare au test des énoncés répétés et nouveaux. Alors que cette synthèse donne d = 0,53, les auteurs de la cartographie systématique publiée dans la revue scientifique Psychonomic Bulletin & Review rapportent d = 0,50 pour une comparaison entre énoncés sous un modèle à effets aléatoires. Ces présentations différentes ne permettent pas d’attribuer précisément l’écart à une seule cause.711
Des tailles d’effet à comparer avec prudence
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Contesté Contredit par d'autres éléments documentés.
La facilité de lecture peut devenir un indice de vérité
L’explication majeure fait intervenir la fluidité de traitement : un énoncé déjà rencontré devient plus facile à traiter, et cette facilité peut servir d’indice d’exactitude. Les chercheurs Lisa K. Fazio, Nadia M. Brashier, B. Keith Payne et Elizabeth J. Marsh examinent ce mécanisme dans deux expériences publiées en 2015 dans la revue scientifique Journal of Experimental Psychology: General. Hassan et Barber le présentent également comme une explication centrale de l’effet.3122
Selon Fazio, Brashier, Payne et Marsh, la répétition peut accroître la vérité perçue même lorsque les participants connaissent la bonne réponse. Leur conclusion porte sur l’utilisation des connaissances au moment du jugement : posséder une information correcte ne garantit pas qu’elle l’emporte sur la facilité ressentie.3
Cette protection n’est toutefois pas identique dans toutes les populations. Selon Fazio et ses collègues, l’effet peut apparaître malgré la connaissance correcte, alors que les chercheurs Nadia M. Brashier, Sharda Umanath, Roberto Cabeza et Elizabeth J. Marsh, dans une étude publiée en 2017 dans la revue scientifique Psychology and Aging, observent, chez les adultes âgés étudiés, un effet seulement lorsque les connaissances pertinentes manquent. Les populations et les protocoles diffèrent : ces résultats interdisent de conclure que les connaissances seraient toujours inutiles.313
La familiarité ne doit pas non plus être confondue avec le souvenir conscient d’une rencontre antérieure. Selon le chercheur Frederick T. Bacon, dans son expérience publiée en 1979 dans la revue scientifique Journal of Experimental Psychology: Human Learning and Memory, l’augmentation de crédibilité dépendait de la reconnaissance subjective de la répétition. Alors que Bacon rapporte ce résultat expérimental, les chercheurs Emma L. Henderson, Daniel J. Simons et Dale J. Barr, auteurs de l’étude longitudinale publiée en 2021 dans la revue scientifique Journal of Cognition, exposent un modèle permettant une familiarité sans souvenir conscient de l’exposition. Ce modèle ne constitue pas, à lui seul, une démonstration d’un effet subliminal.149
Les auteurs d’un document de travail de l’Université de Fribourg-en-Brisgau, consacré aux processus cognitifs qui sous-tendent l’effet de vérité, décomposent de leur côté les mécanismes de décision à l’œuvre et rapportent que certains mécanismes associés à la répétition diminuaient lorsque l’intervalle de rétention augmentait. Ce document annonce un accès public à ses données et à son code ; son statut éditorial n’est pas précisé.15
Enfin, apprécier davantage une marque et croire davantage une allégation sont deux résultats différents. Selon les auteurs d’une étude de marketing sur l’usure publicitaire, hébergée sur le site de l’Université Duke, la répétition améliore régulièrement la mémoire de la publicité ou de la marque et peut agir sur la préférence de marque. Ces mesures ne démontrent pas que le consommateur juge plus exacte une affirmation factuelle sur le produit.16
Les limites des explications
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Contesté Contredit par d'autres éléments documentés.
Inconnu Aucune source disponible ne permet de l'établir.
Deux rencontres peuvent suffire, sans calendrier universel
Il n’est pas nécessaire de rencontrer une affirmation des dizaines de fois. Le gain principal apparaît généralement à la deuxième rencontre, puis les répétitions supplémentaires apportent des hausses plus petites. Ce profil est retrouvé dans l’étude de Hassan et Barber et dans des expériences distinctes consacrées aux jugements de validité de rumeurs répétées.56
Selon Henderson, Simons et Barr, dont le rapport enregistré est publié en 2021 dans le Journal of Cognition et déposé dans l’archive institutionnelle de l’Université de Glasgow, l’effet apparaît à chacun des quatre intervalles testés : immédiatement, après un jour, une semaine et un mois. L’étude comprend 608 participants, dont 567 analysés, et observe une diminution lorsque le délai augmente. Il s’agit d’une seule expérience, pas de plusieurs réplications indépendantes.817
La trajectoire reste discutée. Selon les auteurs de cette étude longitudinale, l’effet diminue avec le délai, alors que la méta-analyse de 2010 qu’ils discutent ne trouvait pas de relation générale entre délai et taille de l’effet. Ils rapportent également une expérience antérieure dans laquelle l’effet sur les affirmations fausses était présent après une semaine, mais avait disparu après un et trois mois. Un effet observé à un mois dans un protocole n’établit donc pas une durée valable dans toutes les situations.89
Chez l’enfant
L’effet n’est pas réservé aux adultes. Selon les chercheuses Lisa K. Fazio et Carrie L. Sherry, auteures de l’étude The effect of repetition on truth judgments across development, publiée dans la revue scientifique à comité de lecture Psychological Science, il est observé dès l’âge de 5 ans, ainsi que chez les adultes : les affirmations répétées y sont jugées plus vraies que les nouvelles. Les auteurs de la méta-analyse de 2026 font état du même constat.187
La même étude compte parmi les travaux selon lesquels des connaissances factuelles pertinentes ne protègent pas systématiquement contre la répétition. Ce constat porte sur des jugements de vérité recueillis dans un cadre expérimental. Il ne décrit pas ce qui se passe dans une classe, et les délais étudiés dans cette littérature restent le plus souvent courts.18711
Les enfants ne jugent pas seulement des phrases répétées : ils apprennent en grande partie par ce que leur disent les adultes. Selon les chercheurs Paul L. Harris et Melissa A. Koenig, dans un article paru dans la revue scientifique Child Development sur la confiance envers le témoignage, les enfants acquièrent ainsi une large part de leurs connaissances en science comme en religion, et cette confiance s’exerce de manière sélective selon l’informateur. Un texte théorique diffusé par le site de recherche Cognition and Culture rappelle de même que les croyances portant sur des réalités non directement observées reposent largement sur le témoignage d’autrui. Ni l’un ni l’autre ne teste la répétition d’une affirmation.1920
La suggestibilité des jeunes enfants a été étudiée séparément. Selon le psychologue Stephen J. Ceci, de l’Université Cornell, et ses collègues, dans une étude sur les facteurs cognitifs et sociaux de la suggestibilité des enfants d’âge préscolaire, davantage d’entretiens et un intervalle plus long ont produit la plus forte suggestibilité, et certains enfants semblaient avoir intériorisé de fausses suggestions au point de résister au débriefing. Cette étude déclare un financement partiel de la National Science Foundation, agence fédérale américaine de la recherche. Elle porte sur un phénomène voisin mais distinct de la vérité illusoire, et ne permet pas d’isoler le rôle propre de la répétition.21
Le contrôle de la source apparaît comme une piste de protection. Selon les chercheuses Jessica W. Giles, Alison Gopnik et Gail D. Heyman, de l’Université de Californie, dans une étude publiée en 2002 dans la revue scientifique Psychological Science, entraîner des enfants d’âge préscolaire à identifier la source de leurs souvenirs réduit leur suggestibilité. Les auteurs d’une synthèse publiée dans la revue scientifique Current Psychology sur la théorie du contrôle de la source et l’entraînement des enfants parviennent à la même conclusion : la capacité à relier un souvenir à sa source constitue une piste de réduction de la suggestibilité.2223
Sur la durée, la mesure longitudinale la plus complète reste celle de Henderson, Simons et Barr : un effet présent immédiatement, après un jour, une semaine et un mois, en diminuant à mesure que le délai s’allonge. Aucun suivi comparable n’est publié pour des enfants.824
Un résultat voisin concerne la mémoire, non la vérité perçue. Dans une synthèse théorique publiée par la revue scientifique PNAS sur la communication du sens général, il est rapporté que 53 expériences sur 55 ont observé, de l’enfance à l’âge adulte, une hausse des erreurs de mémoire fondées sur le sens général. Il s’agit de faux souvenirs, pas d’une mesure directe de l’effet de vérité illusoire.25
La recherche en enseignement des sciences documente un autre phénomène : les conceptions erronées des élèves (misconceptions). Les auteurs d’un article publié dans la revue scientifique Science & Education, ceux de la méta-analyse Effectiveness of conceptual change strategies in science education, diffusée par l’éditeur scientifique Wiley, et le site pédagogique The Science Teacher convergent sur un point : ces conceptions peuvent coexister avec des connaissances correctes et résister à l’enseignement.262728
Ces conceptions ne sont pas pour autant figées. Selon les auteurs de la méta-analyse diffusée par Wiley, rejoints sur ce point par ceux de l’article de Science & Education, des stratégies structurées de changement conceptuel améliorent l’apprentissage scientifique, avec des effets très hétérogènes d’une étude à l’autre. Ces travaux portent sur la persistance des conceptions et sur les moyens de les faire évoluer, pas sur l’effet de vérité illusoire : ils ne permettent pas d’attribuer les conceptions erronées des élèves à la répétition d’une affirmation.2726
La persévérance des croyances (belief perseverance) désigne encore autre chose : les effets d’une information initiale peuvent persister après sa correction ou son discrédit. Selon C.A. Elizabeth Luus, dans sa thèse de doctorat en psychologie de 1991 consacrée à la confiance des témoins oculaires et dirigée par Gary L. Wells, corriger une information sociale erronée n’a généralement pas supprimé son effet sur la confiance.29
Dans une autre thèse universitaire, consacrée aux préjugés implicites liés au poids, une persévérance des croyances est rapportée immédiatement et deux jours après le discrédit de l’information initiale. Cette seconde étude porte sur des adultes, et aucune des deux ne repose sur la répétition d’affirmations : elles décrivent un phénomène voisin de l’effet de vérité illusoire, observé dans des protocoles distincts.3029
Chez l’enfant : ce qui est établi et ce qui ne l’est pas
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- RapportéDavantage d’entretiens et un intervalle plus long augmentent la suggestibilité des enfants d’âge préscolaire.21
Résultat rapporté par Ceci et ses collègues, sans effectif ni taille d’effet publiés dans leur résumé ; le rôle propre de la répétition n’y est pas isolé.
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Établi Démontré par des documents ou des données vérifiables.
Rapporté Affirmé par une source identifiée, sans confirmation indépendante.
Inconnu Aucune source disponible ne permet de l'établir.
À l’école : manuels, enseignants, programmes
Les supports scolaires eux-mêmes peuvent transmettre des erreurs. Selon un billet institutionnel de l’organisme d’évaluation britannique Cambridge Assessment, une analyse de 138 manuels a constaté que beaucoup expliquaient la notion de taille d’effet de manière simplifiée ou incomplète. Selon le site d’information scientifique ScienceDaily, une même erreur a été répétée pendant près de cent ans dans des manuels de chimie. Selon les auteurs d’une étude de 2011 sur les manuels de physique, tous les manuels examinés continuaient d’attribuer à Cavendish la mesure de la constante gravitationnelle, sans que le nombre de manuels ni leur mode de sélection soient précisés dans ce compte rendu. Le site d’information en psychologie PsyPost et un site consacré à l’enseignement de la psychologie rapportent, de leur côté, que des manuels d’introduction à la psychologie déforment encore des expériences célèbres et des débats controversés.3132333435
Le cas le plus documenté est celui des dessins d’embryons d’Ernst Haeckel. Une thèse de doctorat sur ces dessins, l’évolution et les manuels de biologie du secondaire, a recherché les grilles d’embryons dans 240 manuels publiés entre 1907 et 2010 ; la notice publiée ne fournit pas les résultats par décennie. Kenneth R. Miller, coauteur de manuels de biologie, reconnaît sur son site l’emploi de ces représentations dans deux de ses manuels avant une correction en 1998. Ces deux témoignages concordent sur la persistance matérielle de représentations dérivées des dessins de Haeckel jusqu’à la fin du XXe siècle. Les auteurs d’un article de la revue scientifique Theory in Biosciences montrent, pour leur part, que l’embryologie est demeurée présente dans les manuels de biologie de la République démocratique allemande de 1951 à 1988 malgré plusieurs réformes ; la continuité du thème ne prouve pas la persistance d’une erreur particulière.36373839
L’exactitude des dessins et la portée de la loi biogénétique de Haeckel sont deux questions distinctes. Selon le biologiste Michael K. Richardson et ses collègues, dans une lettre publiée par la revue scientifique Science, la comparaison avec de véritables embryons a révélé de nombreux détails incorrects dans les dessins. Selon les auteurs d’un article de la revue scientifique Biological Reviews of the Cambridge Philosophical Society, une version limitée de la loi biogénétique serait soutenue par plusieurs études récentes, à condition de l’appliquer à des caractères individuels. Une version restreinte du principe peut donc être défendue sans valider les dessins ni la récapitulation stricte.404142
La qualification de fraude reste débattue. L’historien des sciences Robert J. Richards, dans un article de la revue scientifique Biology & Philosophy, soutient que la fraude n’est pas prouvée. Sur la présence des dessins dans les manuels actuels, les positions divergent : selon le National Center for Science Education, organisme américain de défense de l’enseignement de l’évolution, les manuels et les biologistes du développement contemporains ne reposent plus sur les travaux de Haeckel, alors que, selon le Discovery Institute, organisme qui promeut le dessein intelligent, ces dessins persistent dans un grand nombre, voire une majorité, de manuels modernes. Ces deux textes interviennent dans une controverse sur l’évolution et n’emploient pas nécessairement les mêmes critères : reproduire une image dérivée ne signifie pas fonder l’explication scientifique sur la loi biogénétique. L’analyse des 240 manuels confirme une persistance matérielle, sans évaluer la légende et l’usage conceptuel de chaque image.43444536
Les enseignants adhèrent eux aussi à des idées fausses sur le cerveau, appelées neuromythes. Les chercheurs Sanne Dekker, Nikki C. Lee, Paul A. Howard-Jones et Jelle Jolles, de l’Université libre d’Amsterdam et de l’Université de Bristol, ont interrogé en 2012 des enseignants britanniques et néerlandais pour la revue scientifique Frontiers in Psychology : l’adhésion moyenne atteignait 49 % des mythes proposés. Selon la même étude, une meilleure connaissance générale du cerveau prédisait davantage d’adhésion aux neuromythes, et la lecture de médias populaires était associée à la fois à une meilleure culture neuroscientifique et à davantage d’idées fausses ; il s’agit d’associations observées dans un échantillon volontaire d’enseignants intéressés par les neurosciences, sans causalité établie. Une étude espagnole accompagnée d’une comparaison internationale, publiée dans la même revue, constate leur forte prévalence dans plusieurs pays.46474849
Deux revues publiées en libre accès portent respectivement sur la persistance de ces mythes et sur les interventions destinées à les dissiper. Selon les auteurs d’une revue de 24 articles, la prévalence pondérée des neuromythes atteint 52,1 % chez les éducateurs, sans baisse relevée entre 2012 et 2020 ; la croyance dans les styles d’apprentissage visuel, auditif et kinesthésique atteignait une moyenne pondérée de 89,1 % dans 37 échantillons publiés entre 2009 et 2020, sans déclin détecté. Cette comparaison repose sur des études observationnelles aux questionnaires et populations variables ; elle ne démontre pas un effet causal de la répétition.5051
Une formation scientifique ou neuroscientifique est associée à une croyance moindre dans les neuromythes, sans les éliminer, selon le magazine Psychology Today et le média Forbes. Selon le média The Conversation, dans une enquête australienne, seuls 7 % des éducateurs interrogés ont correctement rejeté l’affirmation sur l’efficacité des styles d’apprentissage. Selon le média spécialisé Education Week, une étude internationale indique que la plupart des enseignants avaient rencontré les neuromythes en formation initiale ou continue plutôt que dans les médias ; la publication primaire correspondante n’est pas identifiée. Les auteurs d’un outil multilingue de diagnostic des neuromythes signalent, enfin, que les adaptations linguistiques et les vérifications structurelles des questionnaires antérieurs sont rarement effectuées ou rapportées, ce qui fragilise certaines comparaisons internationales.5253545556
Au Québec, le ministère de l’Éducation encadre les manuels par une procédure d’approbation. Selon le ministère, les ensembles didactiques sont évalués selon des critères ministériels, peuvent faire l’objet de corrections demandées à l’éditeur et sont inscrits dans une liste officielle après approbation. Des ressources utilisées dans les écoles n’ont toutefois pas ce statut : le ministère et des sites de conseillers pédagogiques de centres de services scolaires indiquent que du matériel peut être employé sans être un ensemble didactique approuvé, même lorsqu’il affiche une conformité au programme.57585960
Ces constats décrivent des erreurs qui durent dans des manuels et des croyances qui durent chez des enseignants. Aucune étude publiée ne mesure directement l’effet d’une même affirmation fausse répétée en classe pendant des années sur la croyance des élèves ; le lien entre ces persistances et l’effet de vérité illusoire reste donc une hypothèse, pas un résultat.1151
À l’école : ce qui est établi et ce qui ne l’est pas
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- RapportéLa prévalence des neuromythes n’a pas baissé entre 2012 et 2020.51
Résultat d’une revue de 24 articles, fondé sur des études observationnelles aux méthodes variables.
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Établi Démontré par des documents ou des données vérifiables.
Contesté Contredit par d'autres éléments documentés.
Rapporté Affirmé par une source identifiée, sans confirmation indépendante.
Inconnu Aucune source disponible ne permet de l'établir.
Même l’invraisemblable ? Une frontière encore discutée
Selon Hassan et Barber, des expériences antérieures ont observé l’effet pour des affirmations très invraisemblables, alors que les auteurs de la méta-analyse de 2026 concluent que l’augmentation n’est pas fiable pour les affirmations extrêmement invraisemblables. Les catégories et les protocoles ne sont pas identiques. Aucun seuil général ne permet de dire à partir de quel degré d’invraisemblance la répétition cesse d’agir.27
Une hausse mesurée ne signifie d’ailleurs pas nécessairement un passage à la croyance. Selon les auteurs d’une prépublication déposée sur la plateforme OSF et consacrée à des énoncés hautement invraisemblables, la répétition pouvait relever leurs évaluations, avec des effets plus faibles ou incertains aux niveaux extrêmes ; dans une analyse exploratoire, environ la moitié des participants ne présentaient aucun effet ou un effet inverse. Ce résultat reste celui d’une prépublication et d’un protocole particulier.61
La plausibilité compte
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Contesté Contredit par d'autres éléments documentés.
Bernays : la répétition comme ancienne méthode de vente
« The conscious and intelligent manipulation of the organized habits and opinions of the masses is an important element in democratic society. Those who manipulate this unseen mechanism of society constitute an invisible government which is the true ruling power of our country. »62 C’est par ces mots qu’Edward Bernays ouvre son ouvrage Propaganda, publié en 1928 chez Horace Liveright.
Traduction française : la manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions organisées des masses est un élément important de la société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme invisible de la société constituent un gouvernement invisible, qui est le véritable pouvoir dirigeant de notre pays.62
Dans le même ouvrage, Bernays décrit une doctrine selon laquelle répéter une idée suffirait à créer une conviction : « It was one of the doctrines of the reaction psychology that a certain stimulus often repeated would create a habit, or that the mere reiteration of an idea would create a conviction. »62
Traduction française : c’était l’une des doctrines de la psychologie de la réaction qu’un certain stimulus souvent répété créerait une habitude, ou que la simple réitération d’une idée créerait une conviction. Bernays rattache cette doctrine à l’ancienne méthode de vente, fondée sur la réitération publicitaire, plutôt que d’en faire sa propre méthode principale.62
The advertiser sought by means of reiteration and emphasis directed upon the individual, to break down or penetrate sales resistance.62
Traduction française : le publicitaire cherchait, par la réitération et l’insistance dirigées vers l’individu, à briser ou à surmonter la résistance à la vente.62
Bernays oppose à cette approche l’action sur les groupes et leurs figures de confiance. Dans son exemple du bacon, il décrit une démarche consistant à faire intervenir des médecins dans les recommandations alimentaires. Il invoque aussi Trotter, Le Bon et Walter Lippmann à propos des groupes, ainsi que les psychologues de l’école de Freud à propos des désirs inconscients. Ces propositions appartiennent à son argumentation historique ; elles ne sont pas des résultats expérimentaux sur l’effet de vérité illusoire.62
Publicité, politique et médias : ce que montrent les exemples
Pour la publicité, les auteurs de deux expériences publiées dans la revue scientifique Cognitive Research: Principles and Implications testent directement des allégations sur des produits. Selon leur étude, la répétition augmente la vérité perçue après une simple lecture, dans des contextes comportant 20 % comme 60 % de contenu publicitaire. L’effet disparaît lorsque les participants évaluent l’exactitude dès la première exposition. Il s’agit d’un test de croyance dans des allégations, pas seulement de mémorisation d’une marque.63
En communication politique, le résultat peut être moins linéaire. Selon les auteurs de l’expérience publiée dans la revue scientifique International Journal of Communication, la répétition de messages politiques négatifs peut réduire leur crédibilité tout en dégradant l’attitude envers l’enjeu présenté. Croire un message et réagir négativement à son sujet sont donc des mesures distinctes.64
Pour les médias, une diffusion répétée ne suffit pas à établir la reprise d’une formule identique par plusieurs rédactions. Le média BBC World Service répertorie plusieurs diffusions, du 4 au 6 juillet 2020, de son émission consacrée à la fausse théorie associant 5G et coronavirus. Sa page de présentation ne publie toutefois pas de transcriptions comparées permettant d’identifier une même formule reprise par des médias indépendants.65
La question de la formulation compte, car une affirmation ne revient pas toujours dans les mêmes termes. La répétition mot pour mot produit l’effet classique, et c’est elle que la littérature a surtout testée.662711
La cohérence de sens entre les expositions est en revanche nécessaire : répéter seulement le thème d’une affirmation ou certains de ses référents ne suffit généralement pas, et une répétition dont le sens est incompatible avec l’énoncé initial peut diminuer la vérité perçue.66767
La portée d’une reformulation reste discutée. Selon les auteurs de l’étude publiée en 2024 par l’éditeur scientifique Taylor & Francis, la répétition du sens général (gist) et la répétition mot pour mot conduisent toutes deux à des niveaux de croyance élevés et relativement proches tant que l’information n’est pas démentie, alors que les auteurs de l’étude The illusory truth effect requires semantic coherence across repetitions, diffusée sur la plateforme scientifique ScienceDirect, rapportent que, dans leurs trois premières expériences, aucune manipulation autre que la répétition mot pour mot n’a modifié significativement les jugements de vérité. Les manipulations ne sont pas les mêmes : la première étude répète le sens général d’une information, la seconde expose notamment au thème ou à certains référents. Une reformulation fidèle au sens pourrait donc agir là où une simple familiarité avec le sujet ne suffit pas, sans que ces deux travaux permettent de trancher à protocole constant.6866
Selon les auteurs de l’étude de 2024, une correction est en outre moins efficace après des répétitions du sens général qu’après des répétitions mot pour mot.68
Mot pour mot ou reformulée
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- ContestéUne répétition non littérale produit le même effet qu’une répétition mot pour mot.6866
L’étude de 2024 rapporte des croyances proches après répétition du sens général ou mot pour mot ; l’étude sur la cohérence sémantique ne trouve pas d’effet significatif de ses autres manipulations dans ses trois premières expériences. Les manipulations comparées diffèrent.
- RapportéUne correction est moins efficace après une répétition du sens général qu’après une répétition mot pour mot.68
Résultat rapporté par les auteurs de l’étude de 2024.
Établi Démontré par des documents ou des données vérifiables.
Contesté Contredit par d'autres éléments documentés.
Rapporté Affirmé par une source identifiée, sans confirmation indépendante.
Ce que ces exemples ne démontrent pas
- InconnuLe cas de l’émission de la BBC établit une reprise mot pour mot par plusieurs médias indépendants.65
La page documente les diffusions d’une émission, sans comparaison textuelle entre médias.
- InconnuUne affirmation répétée par plusieurs sources apparemment indépendantes produit un effet supérieur à celui d’une seule source répétée.67
L’étude sur la crédibilité des sources et les publications simulées ne décrit pas cette comparaison directe.
Inconnu Aucune source disponible ne permet de l'établir.
Ce qui peut réduire l’effet
Orienter l’attention vers l’exactitude dès la première rencontre est une piste appuyée par plusieurs expériences. Selon les auteurs de l’étude publiée en 2020 dans Cognitive Research: Principles and Implications, deux expériences totalisant 575 participants trouvent un effet après une évaluation initiale de l’intérêt des manchettes, mais pas après une évaluation initiale de leur véracité. Les auteurs de l’étude publicitaire retrouvent cette protection dans un autre matériel.6963
Tous les avertissements ne se valent pas. Selon les auteurs de la méta-analyse de 2026, une étiquette indiquant explicitement qu’un contenu est faux a éliminé l’effet dans des travaux recensés, alors que Henderson, Simons et Barr rapportent sa persistance malgré certains avertissements ou certaines indications préalables de véracité. Les auteurs d’une étude sur les différences individuelles publiée dans Psychonomic Bulletin & Review indiquent, de leur côté, que des avertissements peuvent atténuer l’effet sans l’éliminer. Un avertissement général, une information donnée auparavant et une étiquette attachée à l’affirmation sont des interventions différentes. Leur efficacité ne peut être assimilée.7970
Nommer une source ne garantit pas davantage la disparition de l’effet. Selon les auteurs des quatre expériences publiées en 2020 dans Cognitive Research: Principles and Implications, la crédibilité de la source et l’exposition antérieure ont des effets additifs : la répétition conserve une influence propre. Les auteurs de la méta-analyse de 2026 soulignent également que l’utilité d’une indication de fiabilité peut dépendre de son souvenir au moment du jugement.677
La vérification peut néanmoins corriger des croyances. Selon les chercheurs Xingyu Liu, Li Qi, Laurent Wang et Miriam J. Metzger, dans leur étude scientifique de 2023 publiée par l’éditeur SAGE, la croyance diminue en moyenne après vérification, et la crédibilité perçue du vérificateur est associée à une meilleure correction. Ce résultat n’établit pas que le simple affichage de son nom neutralise la répétition.71
Corriger ne signifie pas non plus qu’il faudrait toujours éviter de rappeler l’erreur. Selon les auteurs de l’article scientifique Can corrections spread misinformation to new audiences?, trois expériences totalisant 1 718 participants ne retrouvent pas globalement de renforcement paradoxal des idées fausses par familiarité.72
Des protections réelles, mais conditionnelles
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- Contesté
- Inconnu
Établi Démontré par des documents ou des données vérifiables.
Contesté Contredit par d'autres éléments documentés.
Inconnu Aucune source disponible ne permet de l'établir.
| Étude | Auteurs et institutions | Financement déclaré | Liens ou intérêts déclarés |
|---|---|---|---|
| Méta-analyse de 2026 (Nature Communications) | Steeven Ye, David Attali, Maria Ghazi, Arnaud Cachia, Mathieu Cassotti et Grégoire Borst ; Université Paris Cité et CNRS | Agence nationale de la recherche (ANR), projet FakeAd, ANR-21-CE28-0025 ; bourse CIFRE gérée par l’ANRT, dispositif de thèse menée en partie en entreprise, entreprise non nommée par l’article | Affiliation déclarée à l’entreprise Ipsos (Steeven Ye) et aux Éditions Nathan, éditeur de manuels scolaires (Maria Ghazi) ; trois auteurs ont signé une étude incluse dans la méta-analyse, ce qu’ils déclarent |
| Étude longitudinale de 2021 (Journal of Cognition) | Emma L. Henderson, Daniel J. Simons et Dale J. Barr ; article déposé dans l’archive institutionnelle de l’Université de Glasgow | Bourse doctorale de l’Université Kingston ; subvention de l’Association européenne de psychologie sociale (EASP) ; fonds de recherche de l’Université Kingston et de l’Université de Cardiff | Aucun intérêt concurrent déclaré |
| Enquête sur les neuromythes de 2012 (Frontiers in Psychology) | Sanne Dekker, Nikki C. Lee, Paul A. Howard-Jones et Jelle Jolles ; Université libre d’Amsterdam et Université de Bristol | Aucun financement déclaré | Absence de conflit d’intérêts déclarée |
| Étude sur les jugements de vérité au cours du développement, 2020 (Psychological Science) | Lisa K. Fazio et Carrie L. Sherry | Non consulté (article payant) | Non consulté (article payant) |
| Expérience fondatrice de 1977 (Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior) | Lynn Hasher, David Goldstein et Thomas Toppino ; Temple University et Villanova University | Aucun financement mentionné dans l’article | Aucune mention |
| Article sur la confiance envers le témoignage, 2006 (Child Development) | Paul L. Harris et Melissa A. Koenig | Subvention F32 HD42860 du NICHD (National Institute of Child Health and Human Development, institut des National Institutes of Health américains), attribuée à Melissa A. Koenig | Non consulté |
| Étude sur la suggestibilité des enfants d’âge préscolaire | Stephen J. Ceci, Université Cornell, et collègues | Financement partiel de la National Science Foundation, agence fédérale américaine de la recherche | Aucune mention |
| Document de travail sur les processus cognitifs de l’effet de vérité | Stump, Schumacher, Voss et Klauer ; Université de Fribourg-en-Brisgau | Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG, fondation allemande pour la recherche), programme GRK 2277 « Statistical Modeling in Psychology » | Non consulté |
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Les limites d’un effet de laboratoire
Les auteurs de la cartographie systématique publiée dans Psychonomic Bulletin & Review soulignent une littérature largement fondée sur des échantillons de convenance occidentaux, des répétitions mot pour mot et des délais courts. Ils signalent aussi un manque de données accessibles, de préenregistrements et de réplications externes. Les auteurs de la méta-analyse de 2026 retrouvent une forte hétérogénéité et détectent une sous-représentation des petites études aux résultats négatifs ou non significatifs. Cette méta-analyse compte parmi ses auteurs des personnes affiliées à l’entreprise Ipsos et aux Éditions Nathan, éditeur de manuels scolaires, comme l’indique le tableau ci-dessus.117
Le contexte peut lui-même modifier l’effet. Selon les chercheurs Reed Orchinik, David G. Rand et Rahul Bhui, de la MIT Sloan School of Management, dans une prépublication, une expérience préenregistrée de 4 947 participants trouve un effet nettement réduit dans un environnement où la majorité des informations sont fausses. Ce résultat reste à considérer avec le statut de prépublication du document.74
Ce que la répétition prouve, et ce qu’elle ne prouve pas
Pour le lecteur, la distinction utile reste celle entre reconnaître une phrase et disposer d’une preuve. Les expériences montrent que la première impression peut influer sur le jugement ; elles montrent aussi que porter l’attention sur l’exactitude peut réduire cette influence. Elles ne permettent pas de déduire, d’une formule souvent entendue, sa vérité ni l’intention de ceux qui la répètent.36963